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Au présent

Present

« Il atteignait presque l’âge où l’univers devient brusquement plus beau, et se révèle d’une façon spéciale, dans chaque détail : un toit, un mur, le frémissement des feuilles avant la pluie. Maintenant que la vie raccourcissait, le monde s’ouvrait le temps d’un long regard passionné et tout ce qui avait été refusé était enfin accordé ». Ces mots de l’immense écrivain américain James Salter dans son livre « un bonheur parfait » figurent en exergue d’un livre à paraître signé Lionel Duroy. Dans ce livre, comme dans celui de Salter, le questionnement des personnages, des auteurs et donc des lecteurs porte sur la question du temps qui passe. Non pas comme étant synonyme de peur ou de perte d’un instant béni, mais plutôt comme le révélateur vitriolesque de ces moments où l’on est pas dans le moment présent ce qui nous conduit, forcément à une forme de procrastination de vie.

Ces deux auteurs et leurs personnages sont une forme de révélateur pour le lecteur. Comment ne pas oublier l’instant T pour courir des chimères ? Évidemment, pas de réponses définitives à cette interrogation.Toutefois, certainement que les arts en général et les livres en particulier sont des outils pour se réapproprier son temps, son présent et sa vie. Essayer d’être là, ici et maintenant, et d’éprouver le plus simplement possible la réalité du moment.

Donner du temps au présent

Exercice difficile soumis aux effets de la mémoire, à ceux de la projection et à l’effet du jugement, ces trois ennemis du moment présent. Mais, quand on sacrifie sans cesse le présent à une utopie qui recule à chacun de nos pas on rate des choses, des gens, des sensations, des amours et des amitiés. Quand on est en train d’écouter de la musique bouleversante on ressent de la joie et de l’intensité. Mais si on n’est pas dans l’instant présent, on ne peut pas recevoir cette intensité.

Cheminant cahin-caha dans la réappropriation du temps, c’est certainement à ce moment là que nous rencontrons ce que nous cherchions sans vraiment le savoir dans une forme de sérendipité de l’existence. C’est en s’ouvrant au présent que l’on ingère le passé et que l’on invente l’avenir. Comme dans ces mots de Nietzsche cité par Michel Onfray :  » Pour ne pas être un point mort de néant dans le néant, il nous faut inventer un contre temps hédoniste afin de nous créer liberté ».
En ce premier dimanche de juin, inventons nos contre temps, en lisant.

Tous les éditos d’Ernest sont là.

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