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La fanatisation du monde

Faceopource

« L’esprit humain, au réveil de son ivresse, s’est étonné des excès où l’avait emporté son fanatisme », écrivait Voltaire dans son « Traité sur la tolérance ». Jamais, peut-être, cette maxime n’a été aussi appropriée. Problème : l’esprit humain ne s’est pas encore réveillé de son « ivresse » pour paraphraser le philosophe des Lumières et ne peut donc pas encore voir où son fanatisme l’a emporté. Pourtant, nous y sommes. Dans cette fanatisation permanente des relations sociales, des débats de société ou plus largement de notre vie collective.
Vous en doutez ? Les exemples sont pourtant légions. L’un des derniers en date : les insultes subies hier à Paris par Alain Finkielkraut en marge de la manifestation des Gilets Jaunes. Voilà un homme qui a soutenu plusieurs fois dans les médias le mouvement et qui quand il croise des Gilets se fait traiter de « merde sioniste ». Idem quand la haine fanatique se déchaîne contre tout ce qui peut ressembler de près ou de loin à une élite. Drôle d’époque… Mais nous aurions en fait pu nous en douter quand Facebook nous incite depuis 12 ans maintenant à devenir fan et à liker les choses. A force d’être fan de tout, nous sommes surtout devenus fanatiques. Heureusement, pour s’en rendre compte, l’écrivain israélien Amoz Oz donnait une clé : les fanatiques n’ont pas d’humour. Jamais. Sur rien.  Bon moyen d’alerte, donc. Mais pas toujours efficace. Quoique…

Contre l’hystérie

Depuis dix jours vient d’être démantelée une association de malfaiteurs des réseaux sociaux qui sous couvert de « LOL » ont harcelé des tas de personnes, notamment des femmes. Ces hommes blancs de 30 ans s’étaient arrogés le « cool » et le « LOL » pour « laughing out loud ». Peu importe qu’ils n’aient jamais été drôles. Peu importe qu’ils aient employé des méthodes fascisantes pour percer dans le milieu de l’internet et du journalisme, ils sont devenus ceux qu’il fallait écouter et lire. Les directeurs de rédaction étaient fans…Sans esprit critique. Là encore, il nous aurait fallu relire Amos Oz. Comment collectivement avons-nous pu croire que ceux qui s’arrogeaient unilatéralement l’humour (Le LOL) pouvaient être talentueux et drôles ? A l’époque un front anti-lol avait vu le jour pour alerter contre les dérives de ces énergumènes peu fréquentables. En vain. Notre entretien avec Philippe Val résonne d’ailleurs avec cette affaire. Peut-être cet épisode nous permettra le réveil de l’ivresse pour voir où le fanatisme du like et l’hystérisation du monde nous ont emporté. Ce serait une bonne chose.

Tous les éditos d’Ernest sont là.

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