Nos pères, ces héros

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En ce jour, les pères sont à l’honneur. L’occasion de se replonger dans quelques uns des livres qui mettent en avant cette relation père-fils si belle et parfois si complexe. La romancière Karine Tuil qui raconte à Lisa Vignoli qu’elle offre toujours l’âpre « Lettre au père » de Kafka note d’ailleurs que cette missive est terrible. Sans aller jusqu’à la difficile relation de Kafka avec son père, la figure paternelle est toujours présente en littérature. Dans Hamlet, déjà, le père revient hanter le fils pour lui rappeler les obligations qu’il a envers sa famille. Plus proche de nous, Sukkwan Island de David Vann montrait un sommet d’incompréhension entre le père et le fils.

Toutefois, le père est aussi celui qui comme le Père Goriot de Balzac fait tout pour ses filles et le bonheur de ces dernières. D’ailleurs, Goriot ne dit-il pas : « Les pères doivent toujours donner pour être heureux. Donner, c’est ce qui fait que l’on est père« . Quoiqu’il en soit, tous les lecteurs ont, un jour, trouvé dans un portrait lu des résonances avec leur relation à leur père. Reste que la plus belle lettre littéraire d’un père à son fils et de la relation qui peut exister entre l’un et l’autre est certainement celle de Rudyard Kipling et son fameux poème « If ». Le voici ici reproduit en forme d’hommage d’Ernest à tous nos papas. Et pouvoir leur dire : Papa, je suis un homme ou une femme et tu es un père.

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d’un mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère,
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaitre,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maitre,
Penser sans n’être qu’un penseur ;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire
Tu seras un homme, mon fils.

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