Deuxième épisode de nos Regards d’Ailleurs en partenariat avec l’AILF. Ce mois-ci nous nous arrêtons à Niamey au Niger. Dans la librairie de Binta Tini, la “farandole des livres”. Et nous découvrons des auteurs locaux. Bon voyage.
“On m’appelle Nina” d’ Antoinette TIDJANI ALOU publié chez Présence Africaine
Une jeune Jamaïcaine quitte son île natale pour des études supérieures en France. Elle y rencontre un Nigérien, dont elle ignore tout de la culture et pourtant, elle décide de tout quitter et de le suivre par amour, dans ce vaste Niger enclavé ou elle devra à relever bien des défis.
Dès les premières pages, on est tout de suite conquis par la sublime plume d’Antoinette. En effet, ce roman autobiographique, beau à vous couper le souffle, ne peut vous laisser indifférent car il est tellement vrai et colle avec la personnalité de l’auteure qui met son âme complètement à nu.
Un concentré d’émotions
Il y a beaucoup d’émotion car Antoinette, même si elle aime les défis, va rencontrer d’énormes difficultés : des conditions matérielles précaires, des fins de mois difficiles, auxquelles elle devra faire face.
Et par-dessus tout, il y a des passages touchants, qui vous font pleurer, notamment quand elle décrit la maladie, puis la disparation de sa fille « bleue ».
Par bonheur, il y a des passages qui vous font vous tordre de rire, quand elle décrit ses tentatives d’intégration dans le milieu de son mari, ses disputes avec sa belle- famille, son apprentissage de la langue haoussa. On est parfois dérouté, choqué par la description de certaines scènes intimes, osées pour un pays comme le Niger, mais au bout du compte, on n’oubliera pas ce livre.
« Afrique , pleure … » de Boubé Hama, publié chez Edilivre
Afrique, “berceau de l’Humanité“, tu respires toujours mal. Poumons et narines bouchés, tu souffres, et souffriras, tant que tes enfants ne changeront pas de mentalité. Le comportement de tes plus grands enfants demeure irresponsable et indigne. J’ai vu tes petits-enfants mourir de faim, de maladies, et être décimés par les guerres, à cause de l’esprit malveillant de tes plus grands enfants, insoucieux de ton avenir. Ils continuent toujours à piller tes richesses et refusent de te soigner pour que règnent paix, solidarité et prospérité dans ta maison.
Faisons-nous pleurer l’Afrique ?
A travers ce beau recueil de poèmes, l’auteur nous pousse à nous interroger sur notre propre responsabilité sur la situation de l’Afrique et le devenir de notre cher continent. Il nous partage ses joies, ses souvenirs et ses découvertes au cœur des traditions africaines.
Il nous amène également à nous poser ces questions fondamentales: pourquoi l’Afrique pleure ? Que faisons- nous, Africains, pour qu’elle sèche ses larmes ? Avons-nous seulement, conscience que nous sommes tous responsables de cette situation ? Par-dessus tout, vous serez certainement séduit, comme moi, par la belle envolée lyrique de Boubé et peut-être serez–vous mêmes tentés de trouver des solutions durables pour sauver notre continent ?
« L’itinéraire d’un ancien combattant : Diagourou, Verdun, Téra » de Abdoulaye Hassane Diallo, publié chez Les Impliqués
Peul est âgé de seulement 17 ans, lorsqu’il s’enrôle volontairement dans l’armée au déclenchement de la Première Guerre Mondiale, Moussa Hassane Poullo Diallo quitte son village natal de Diagourou au Niger pour rejoindre les troupes coloniales en route pour l’Europe.
Il participa aux batailles des Dardanelles en 1915 et se trouvait au Chemin des Dames en 1917…Blessé à Verdun, il devient chef du canton de la ville songhaï de Téra à son retour des combats.
Une épopée historique
Véritable saga familiale, l ’auteur, avec beaucoup de brio nous fait voyager et découvrir des moments, chargés d’émotions à la rencontre de sa propre famille à laquelle il rend hommage.
Une épopée historique à travers le temps, de Diagourou, à Téra, en passant par divers continents. L’auteur nous brosse un tableau de la période coloniale, puis post coloniale, en partageant avec nous (parfois avec humour) des récits basés sur des faits historiques surprenants.
Faits historiques, scènes de famille, réflexions politiques.. L’auteur manie les différents styles avec aisance.
La libraire : Binta Tini
Libraire Jeunesse (son deuxième métier) Binta a créée la librairie « La Farandole des Livres » en 2007 , à Niamey sans presque rien connaître du métier, avec comme seul et unique bagage, sa passion de la lecture et celle provocante, communiquée par ses propres enfants. Ce fut aussi au départ, la volonté de donner aux enfants qui lisent déjà, plus de diversité et de stimulation à la lecture.
La ténacité, le travail, la conquête du savoir-faire, son engagement dans la Caravane du Livre et de la Lecture, des idées dans les Salons du livre, les stages et les formations, le travail avec les éditeurs, l’ont forgée pour être toujours présente au rendez-vous de la culture 10 ans après.
Binta Tini est membre de l’Association internationale des libraires francophones.