Cette semaine Carole Zalberg nous parle d’un livre bouleversant, qui nous fait voyager sur une île de beauté. A ne pas manquer. Elle nous raconte. Sang pour sang.
Le personnage principal de ce récit bref et fiévreux est la violence subie ou exercée, exercée parce que subie de toute éternité, subie telle une malédiction ou le prix d’une quelconque faute.
La violence, dans cette île jamais nommée mais dont la beauté unique et presque redoutable évoque sans aucun doute possible la Corse, se réincarne de mille manières, refuse de céder. Elle saisit dès les premières pages aux allures de cauchemar, déborde des tranchées de la Première guerre mondiale où périrent la majorité des mâles d’une génération, elle dévoie la cause indépendantiste servant de prétexte à des petits chefs avides et frustrés, elle empoisonne les relations entre des hommes méprisés par les autorités quelles qu’elles soient et des femmes tenant la barre sans reconnaissance ni répit, elle rattrape Gabriel, le jeune narrateur tiraillé entre des injonctions contradictoires : nécessité de s’ouvrir aux savoirs du monde et promesses de plénitude entrevues dans le dépouillement d’une vie de berger inscrite aux flancs arides des montagnes, tendresse apaisante de l’amoureuse bien dans son temps et appel des fantômes exigeant vengeance, réinvention oublieuse et reproduction mortifère.
Dans le flot des rivières coule la langue volontiers lyrique de Jean-Yves Acquaviva, charriant chair martyre et rêves brisés, faisant comme malgré elle miroiter les beautés d’un lieu havre autant que prison, menaçant d’emporter tout espoir de réparation.
Un roman aussi impitoyable que bouleversant.