Cette semaine, Carole Zalberg nous emmène à la découverte d’un livre inattendu. Elle nous raconte.
« Dans sa tête loge une armée », ainsi débute Capitaine Vertu, le nouveau roman de Lucie Taïeb, qu’on pourrait tout autant appeler poème, brûlot ou chant. Aussitôt s’entend la beauté incisive d’une langue qui est comme ces lieux semblant éveiller tout particulièrement l’intérêt de l’écrivaine : chaque mot dans sa phrase économe est une superposition de sens sous l’éclat mat de l’ensemble. On le savait, elle a du goût pour ce qui a été métamorphosé et souvent travesti à force d’être recouvert, elle aime lire le palimpseste des villes et des vies.
Or l’existence du Capitaine Vertu en est un particulièrement épais, couches de blessures et de deuil, recouvertes par une volonté d’être droite et conforme, volonté elle-même peu à peu envahie par la vérité habitant la nuit.
Laure Vertu est flic mais rêve de révoltes, traque les imposteurs mais a fui ses propres secrets. Le passé toutefois est têtu, repousse telle herbe folle, s’immisce par les failles, et l’obligera à affronter l’évidence de ses compromissions face au système injuste, violent qu’elle a servi jusque-là sans regimber. Il lui faudra dès lors, refuser, se retrancher. Pour mieux revenir au monde et au combat.
Un roman étincelant dont il faut écouter les échos autant que le cri.