Lire Ernaux. Lire aussi en miroir un autre livre. Plus ancien. Qui raconte justement l’autre côté du miroir. Pour parcourir un chemin initiatique avec eux.
“Éloge des femmes mûres”, c’était le titre d’un livre signé Stephen Vizinczey paru dans les années 60. Dedans figuraient les
souvenirs amoureux et sensuels d’Andras Vájda, double de l’auteur. Refusé par tous les éditeurs, le livre a été d’abord publié à compte d’auteur pour ensuite se vendre à plusieurs millions d’exemplaires dans le monde. Le propos de l’auteur était passionnant. Plein d’intelligence sur le cheminement d’un jeune homme des années 60 sur son rapport aux femmes. L’histoire de l’auteur, elle-même, était passionnante en ce sens qu’elle était le symbole d’une détermination, d’un combat pour s’élever en arrivant avec à peine cinquante mots d’anglais au Canada à la fin des années 50. Il convient de lire ou de relire ce livre paru chez Folio.
Jeux de miroirs
Il résonnera, forcément, avec le dernier opus merveilleux d’Annie Ernaux, intitulé « Le jeune homme ». Dans ce court texte ciselé,
l’actrice raconte une histoire qu’elle a entretenue avec un homme de trente ans de moins qu’elle. Sur ce qu’elle y trouva. Du plaisir physique, évidemment. Des jeux de miroirs avec sa propre histoire de transfuge de classe, des regards méfiants d’une société qui voilà quelques années désapprouvait grandement cette relation dans laquelle une femme était plus âgée que son amant.
Les mots d’Ernaux sont tirés au cordeau. Le texte est à la fois simple, et en même temps d’une grande profondeur. Il parle aussi de l’écriture. De ce qu’écrire veut dire pour un écrivain. L’exergue dit d’ailleurs presque tout : « Si je ne les écris pas les choses ne sont pas allées jusqu’à leur terme, elles ont été seulement vécues ». Et les premières pages enfoncent le clou : « Souvent j’ai fait l’amour pour m’obliger à écrire, j’espérais que l’attente la plus violente qui soit, celle de jouir, me fasse éprouver la certitude qu’il n’y avait pas de jouissance supérieure à celle de l’écriture d’un livre ».
Dans ce livre, un condensé de l’œuvre d’Ernaux, mais aussi des miroirs tendus. Aux lecteurs et aux lectrices. Aux jeunes hommes et aux femmes mûres. Aux jeunes femmes et aux hommes mûrs. A toutes celles et tous ceux qui ont la sensation d’être un peu improbables. Un jeu de miroir, aussi avec ce livre de Vizinczey. Dans cette mise en abîme du masculin et du féminin qui raconte une forme de chemin initiatique autour des corps et autour de ce que les âges disent de nous. Si tant est qu’ils disent vraiment quelque chose. A lire.
Toutes les inspirations d’Ernest sont là.
Bien sûr que le corps parle et dit de nous. Il est le présent d’un instant, le passé des moments et le futur de l’éphémère du temps. Lire Annie Ernaux absolument.
Merci pour ce // avec Stephen Vizinczey que je ne connaissais pas.
Bonne lecture à tou-te-s