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Roses de mots

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« Mignonne, allons voir la rose qui ce matin avait éclose… » enjoint le poème. Ernestiennes, Ernestiens, ce matin, allons voir nos libraires. Offrons des livres et des roses. Cette fête de la librairie indépendante qui célèbre la loi Lang sur le prix unique du livre qui permet à la France de bénéficier d’un maillage de librairies unique au monde est directement inspirée de nos amis espagnols. En Espagne, tout le week-end avait lieu la Sant Jordi. La légende raconte que le fameux Sant Jordi aurait vaincu un dragon redoutable, que du cadavre du monstre serait né un rosier duquel le héros aurait extrait une rose pour l’offrir à sa dulcinée. Depuis, durant cette fête, les hommes et les femmes s’offrent mutuellement des livres et des roses. Quand on vous dit que la littérature a tous les pouvoirs !

Roses et livres comme une forme de bouquet de mots qui dit l’amour ou l’amitié. Qui dit, surtout, à quel point les mots et les gestes d’amour ou d’amitié vont les uns avec les autres. Dans cette fête, il y a évidemment la beauté de l’alliance entre les roses et les mots, mais aussi, plus largement une intelligente façon de célébrer ce que peuvent représenter les livres pour chacun et chacune de nous. Chez Ernest, conscients de l’importance que revêt le fait d’offrir un livre, nous en avons même fait une rubrique : « Tu vas aimer » dans laquelle nous allons demander à différentes personnalités quels sont les ouvrages qu’elles offrent le plus et pourquoi. Toujours ces discussions donnent des articles sensibles tant faire cadeau d’un livre qui nous tient à cœur est un partage souhaité avec celle ou celui qui le reçoit. Un partage qui ouvre une porte. Pour une discussion future. Pour des accords et des désaccords. Pour donner quelque chose d’intime à l’autre.

Souvent, plus l’on progresse en intimité amicale ou amoureuse avec quelqu’un, plus les cadeaux s’affinent. On ose des pas de côtés, des surprises, des tentatives. Les cadeaux faits l’un à l’autre prennent alors la forme d’un chemin de vie qui dit à la fois ce que l’autre est pour nous, mais aussi ce que nous sommes nous-mêmes devenus. Offrons-nous les mêmes livres à vingt ans qu’à cinquante ? Pas toujours. Certains demeurent. Comme des piliers. D’autres passent. Ces cadeaux sont des sauf-conduits vers nos personnalités.

Alors, ce matin, Ernestiens et Ernestiennes, rendons-nous la vie plus belle, allons chez nos libraires indépendants, achetons un livre ou plusieurs, et offrons-les avec des roses aux gens que nous aimons. Symboliquement, ce matin, nous avons envie de vous envoyer des roses. Mais aussi de vous faire cadeau de trois lectures récentes que vous pourrez trouver chez vos libraires.

La première lecture réellement forte faite ces derniers jours est celle du dernier roman de Jean-Michel Guenassia « Les terres promises » (Albin Michel). Saga d’amitié des années 60/70. Les petites histoires des personnages magnifiques dont certains étaient déjà dans le célèbre « Club des incorrigibles optimistes » s’enchevêtrent avec la grande Histoire. La France des 30 glorieuses, Israël des Kibboutz, l’Algérie post-62. C’est virevoltant, et virtuose.
 L’autre lecture est celle du livre de Guillermo Arriaga « Le Sauvage » (Le Livre de Poche). Elle nous fut d’ailleurs conseillée par un ami. Comme quoi… A travers le cheminement de deux histoires parallèles Arriaga, dans une langue envoutante, livre une critique féroce de l’extrémisme religieux et de la corruption au Mexique. L’occasion d’une mélopée émouvante sur le bien et le mal.

De bien et de mal, il est justement question dans le magnifique livre de Denise Charbonnier : « Lettre à mon fils Charb » (JC Lattès). Denise Charbonnier raconte son fils, sa peine, mais aussi et surtout la vie. Qui continue. Elle raconte aussi son fils avec le regard d’une mère aimante, d’une dignité et d’une humanité bouleversantes. On rit aux éclats quand elle narre les facéties permanentes de ce dessinateur tant aimé, on pleure aussi. Pour elle et pour nous. C’est tout simplement beau, doux et tendre. Voilà pour nos cadeaux du dimanche.

Bon dimanche plein de livres et de roses,

L’édito paraît le dimanche dans l’Ernestine, notre lettre inspirante (inscrivez-vous c’est gratuit) et le lundi sur le site (abonnez-vous pour soutenir notre démarche)

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