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Voltaire un jour, Voltaire toujours

Voltaire Serie

« Ne sommes nous pas tous ici des princes et des poètes ». C’est une phrase lancée par un Voltaire bravache à la Duchesse du Maine, un soir, lors d’un souper. Cela jette évidemment un froid. Comment Voltaire qui ne faisait pas partie de la Noblesse osait-il se comparer à elle ? La scène est présente dans l’excellente mini-série « Les aventures du jeune Voltaire » diffusée à partir du 8 février sur France 2 et co-écrite par Georges-Marc Benamou et Alain Tasma. Il faut dire merci à ces deux auteurs de remettre au goût du jour, le personnage de Voltaire, bien malmené ces dernières années. Leur dire merci, également, d’utiliser l’outil moderne de la mini-série pour tenter de faire prendre conscience de la grandeur, de l’extravagance, et de l’utilité de ce personnage dans notre monde troublé.

Au mois de juin dernier, une statue de Voltaire avait été vandalisée, peinturlurée de rouge pour signifier le sang que le philosophe des Lumières aurait sur les mains dans le profit supposé qu’il tira de l’esclavage. Parmi les réactions, il se trouva alors quelques esprits éclairés pour déplorer ce vandalisme et cette réécriture de l’histoire a posteriori, mais il se trouva également d’innombrables voix expliquant que oui, il convenait de faire l’inventaire de Voltaire. Au-delà de l’ineptie de cette idée d’inventaire près de 300 ans après la mort de l’homme, il convient de se pencher, un instant, sur ce courant qui veut à tout prix déboulonner pas seulement la statue, mais aussi et surtout l’héritage de Voltaire. Pas étonnant, ceci dit que Voltaire dérange, encore, aujourd’hui dans une époque où la nuance n’existe pas, où il s’agit plutôt d’excommunier l’ennemi que de lui faire une place dans le débat.

Pas étonnant que Voltaire dérange encore quand l’insignifiance devient reine et quand la complexité apparaît comme vaine. Pas étonnant qu’il dérange encore tant son parcours – et notamment ses années de jeunesse très bien racontées dans la mini-série – montre que la liberté a un prix. S’attaquant à l’obscurantisme religieux, autant qu’à l’absolutisme, Voltaire est embastillé. Mais il ne renonce pas. Alors que sur son lit de mort un abbé vient lui demander de renier ses écrits, il l’envoie paître. Voltaire, c’est la constance. Voltaire, c’est le courage politique, le courage de l’engagement, la volonté farouche de rendre le monde plus juste.

Voltaire, c’est l’idée ô combien avant-gardiste du « Dictionnaire philosophique portatif » qui était destiné à ce que chacun et chacune puisse accéder à la philosophie et acquérir les armes intellectuelles pour lutter et résister à l’obscurantisme. Voltaire, c’est aussi, bien sûr, l’esprit d’irrévérence, la liberté de conscience pour chacun et aussi, enfin, la persévérance dans les combats entrepris et menés. Ce que nous rappelle la mini-série de Tasma et Benamou, c’est que la liberté n’est jamais un acquis. Au contraire, elle est un exercice et une pratique.

Voilà qui résonne avec ce collège du Var qui a finalement – sous la pression des imbéciles, les mêmes qui ont cautionné la dégradation de la statue de Voltaire – décidé de ne pas prendre le nom de Samuel Paty. Voilà qui résonne avec celles et ceux qui ont encore trouvé le moyen lors de la republication des caricatures de Mahomet par Charlie Hebdo de trouver cela déplacé et inapproprié.
Cela résonne toujours avec tous les renoncements, avec les atermoiements de celles et ceux que l’on pensait être des défenseurs de la liberté, et que l’on découvre défenseurs des commandements religieux.

Cela résonne, bien sûr, avec l’insondable bêtise d’une époque où tout est soit blanc, soit noir, où le questionnement n’est plus de mise et surtout où la moraline des militants au pouce levé et aux 280 signes volatils tient lieu de dictionnaire philosophique.

Voltaire était une personnalité complexe. Rebelle et courtisan, tantôt drôle tantôt grave. Il a enfoncé tous les dogmes de son époque, et a préparé par son action incessante et féconde l’avènement de la Révolution, et disons-le d’une humanité plus éclairée. « N’est-il pas honteux que les fanatiques aient du zèle quand les sages n’en ont pas. Il faut être prudent mais pas timide », écrivait-il. Voilà une maxime que pourraient faire leur tous les sages attachés à la liberté, à l’égalité et à la fraternité. Nous serions alors,  à nouveau, « voltairien ». Il y a plus à y gagner qu’à y perdre.

Bon dimanche,

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