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La joie n’est pas imaginaire

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C’est l’histoire d’un petit garçon. Un jour un professeur lui demande : « qu’est ce que tu veux faire dans la vie ? ». Le petit répond : « Moi, je veux juste être heureux« . Le professeur, gêné : « Ah… Je crois que tu n’as pas compris la question ». Le garçon, rieur : « Je crois plutôt que vous n’avez pas compris la vie ». Mardi 8 décembre, dans deux jours, cela fera 40 ans que ce petit garçon a été assassiné devant chez lui à New York. Il s’appelait John Lennon.

Victime de la folie d’un homme. Comme chacun sait, Lennon aimait imaginer. C’était peut-être, même, un rêveur. Mais ça fait du bien de rêver, non ? Alors, ce matin, comme Lennon, imaginons ensemble. Imaginons. Imaginons que nous puissions retrouver, bientôt, le chemin d’une fête avec des amis. Fête dans laquelle la beauté serait dans son imprévisibilité, dans sa potentialité à partir dans tous les sens. Dans la possibilité d’une « Tziganade » comme dans le film « Mes chers amis » de Mario Monicelli.
Imaginons aussi et plus prosaïquement que nous n’ayons enfin plus peur pour nos proches, pour les plus fragiles, ou tout simplement de s’embrasser et de se prendre dans les bras. Imaginons que nous puissions retrouver le plaisir simple d’un café pris au zinc, ou d’une bière puis une autre avec les amis de toujours ou de passage. Imaginons que les amants puissent à nouveau se retrouver.
Plus largement, dans le rêve lennonien d’être « heureux », il y a aussi et surtout cette pulsion de vie. Cette petite étincelle qui vit en chacun de nous et qu’il nous faut choisir, toujours et encore, envers et contre tout. Imaginons que nous puissions y arriver individuellement, chacun à notre niveau et à notre échelle. Imaginons aussi que nous puissions collectivement retrouver un chemin qui nous permette d’aller tous dans le même sens. Ensemble. Vers le mieux. Cette semaine s’est terminé le procès des attentats de janvier 2015. Il faut lire la plaidoirie de Richard Malka l’avocat de Charlie Hebdo. Il donne des pistes pour le rêve collectif que nous pourrions imaginer. « Les caricatures sont un prétexte, nous pourrions arrêter de caricaturer, ils continueraient de nous tuer. Ils détestent nos libertés. Ils ne s’arrêteront pas, parce que nous sommes un des rares peuples au monde à être porteur d’un universalisme qui s’oppose au leur. »

Ces mots sont terribles, certes. Mais ils sont aussi porteur d’espoir. De ce rêve universaliste que nous pourrions revivifier et auquel nous pourrions croire à nouveau. Son bilan est plus que positif. Impossible de le contester. « Imagine a brotherhood a sisterhood of man » chantait le poète de Liverpool.
 Je vois déjà les Cassandre, les oiseaux de mauvaise augure qui sont là, à l’horizon à ricaner, à nous traiter de rêveurs, d’idéalistes, et à nous vouer aux gémonies d’un monde qui ne tolère plus que nous rêvions. On pourrait leur prêter attention. Ou pas. Nous pourrions aussi, hommes et femmes de bonne volonté, décider de choisir la joie, la fraternité, l’amour, et finalement l’optimisme plutôt que le désespoir. C’est certes moins romantique et moins vendeur. Dire tout va aller mieux et on va se battre tous ensemble pour que cela advienne, c’est moins vendeur que de dire ou d’éructer à longueur de journée : « c’était mieux avant » et de se complaire dans le giscardisme ou autre vieille lune.

Pour Lennon, pour sa poésie, qui aurait pu comme Bob Dylan lui valoir un prix Nobel de littérature, mais aussi et surtout pour nous, il nous faut choisir la joie, individuelle et collective. Si nous ne le faisons pas pour nous, faisons le pour le futur. Ou pour un autre génie (Romain G.) qui, voilà 40 ans également, le 2 décembre 1980, décida de tirer sa révérence, non sans nous laisser deux viatiques : « Le plus grand effort de ma vie a toujours été de parvenir à désespérer complètement. Il n’y a rien à faire. Il y a toujours en moi quelque chose qui continue à sourire« . Le même écrivait aussi : « J’ai le goût du merveilleux. Ce sont des restes d’enfance. Il n’y a pas de création sans ça. J’ai un goût très vif pour tous les papillons du merveilleux et j’essaie de les saisir, et qu’ils soient observés, vécus ou créés, c’est la même chose, c’est toujours une quête du merveilleux. Le cinéma, c’est un filet à papillons, comme le roman, comme la vie vécue. » La vie vécue est un filet à papillons. Vivons, aimons et imaginons. Tout le reste n’est que palabre.

Bon dimanche,

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