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Un inattendu créateur ?

Kirill 9uH HM0VwPg Unsplash

Souvenez-vous, ce n’était pas il y a si longtemps. Alors que nous fêtions l’entrée en 2020, jamais nous n’aurions pu imaginer que le 15 mars venu, ce ne seraient pas les célèbres giboulées qui – comme chaque année – nous ennuieraient, mais bel et bien un OVNI (objet viral non identifié) nommé Coronavirus. Résultat : nous sommes quasiment cantonnés chez nous. Dans une forme d’impuissance. Difficile à imaginer pour les « Homo Deus » du 21è siècle que nous sommes et qui n’acceptent pas de ne pas comprendre ni contrôler. Il faudra pourtant s’y résoudre. Ce virus qui gagne l’Europe et le monde après l’Asie n’est pas réellement contrôlable.

Surgissement de l’inattendu, surgissement de l’inconnu qui vient bouleverser nos habitudes, nos projets, nos petits instants routiniers que l’on croit importants, et qui surtout vient nous rappeler que nous sommes mortels. « Les maladies sont. Nous ne les faisons, ni ne les défaisons. Nous ne sommes pas maîtres. Elles nous font, nous modèlent. Elle nous ont peut-être créés. Elles sont propres à cet état d’activité qui s’appelle la vie. Elles sont peut-être sa principale activité. Elles sont une des nombreuses manifestations de la matière universelle. Elles sont peut-être la principale manifestation de cette matière dont nous ne pourrons jamais étudier que les phénomènes de relations et d’analogie. Elles sont un état de santé transitoire, intermédiaire, futur. Elles sont peut-être la santé même », alertait déjà en 1926 Blaise Cendrars comme pour dire à l’Humain de 2020 que jamais il ne parviendrait à tout dominer et que toujours un inattendu pourrait surgir.

« L’inattendu a la beauté sombre des ruines. Le passé ne s’y reconstruit pas, il s’y effondre en gravats, en déchets, en lambeaux » écrit d’ailleurs dans son bien nommé « l’inattendu », Charles Juliet. Le passé ne se reconstruit pas dans l’inattendu nous dit donc Juliet et avec lui tous les écrivains qui ont écrit sur le surgissement comme étant une forme de mise en abyme d’un passé et d’un présent pour nous inviter à repenser notre futur. Repenser notre futur. Voilà donc la clé. Voilà donc peut-être que ce moment terrible que nous vivons va nous apporter. La capacité à nous mettre collectivement à réfléchir à ce que nous sommes, à notre modèle de société et à ce qui nous tient vraiment à cœur en tant qu’individus et en tant que société. Au fond, ce que vient nous dire cette pandémie, c’est aussi que notre modèle mondial est vain. Qu’il part dans tous les sens et que notre système de développement ne peut pas continuer exactement pareil. Ce que nous dit également ce moment charnière, c’est que ce qui nous est commun compte.

Mathieupersan

Devant cette menace diffuse, invisible, insaisissable, nous nous tournons vers les fondamentaux. Sur les réseaux sociaux fleurissent d’ailleurs des appels magnifiquement illustrés par Mathieu Persan (image ci-dessus): « restez chez vous, lisez des livres, jouez avec vos enfants, prenez soin de vous et appelez ceux qui vous manquent ». Du commun. Seul mais ensemble. « Alone together » jouait Chet Baker. Les cousins italiens vont même plus loin. Sur les balcons, tous les jours à 18h, ils chantent. Ensemble.

Le tournant est devant nous. La période va être dure. Compliquée. Comme si chacun et chacune d’entre nous avions « l’intime conviction que les êtres humains ne naissent pas une fois pour toutes à l’heure où leur mère leur donne le jour, mais que la vie les oblige de nouveau et bien souvent à accoucher d’eux-mêmes », ainsi que l’écrivait Gabriel Garcia Marquez dans « L’amour au temps du choléra ». Mais au final, soyons-en convaincus, l’amour et l’espoir triompheront. Parce que ce qui nous unit et ce qui nous unira aura été transformé – non pas comme un virus – mais comme une plante nouvelle que nous aimerons encore plus et différemment. Saisissons-nous de ce moment pour à l’inverse des personnages du « Fléau » de Stephen King nous ne nous disions pas : « Parfois, j’ai l’impression que la super-grippe nous a peut-être épargnés, mais qu’elle nous a tous rendus dingues. »
Se saisir de ce moment pour ne pas devenir dingue, c’est peut-être, malgré notre appréhension, notre peur, nos agacements contre les politicards à la petite semaine qui ont empêché le gouvernement de reporter les élections, d’aller voter et de pouvoir dire dans quelques mois ou quelques années que nous nous souvenons de ce scrutin bizarre et étonnant. Qu’il était, au sens étymologique du terme, extraordinaire. mais qu’il a marqué le début d’un renouveau et des nouveaux chemins que l’inattendu nous fait toujours emprunter.

Tous les éditos d’Ernest .

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