{"status":"ok","elements":"\n
\n
\n
En vertu de l’amour<\/div>\n
\n

J’ai d\u00e9nou\u00e9 la chambre o\u00f9 je dors, o\u00f9 je r\u00eave,
\nD\u00e9nou\u00e9 la campagne et la ville o\u00f9 je passe,
\nO\u00f9 je r\u00eave \u00e9veill\u00e9, o\u00f9 le soleil se l\u00e8ve,
\nO\u00f9, dans mes yeux absents, la lumi\u00e8re s’amasse.<\/p>\n

Monde au petit bonheur, sans surface et sans fond,
\nAux charmes oubli\u00e9s sit\u00f4t que reconnus,
\nLa naissance et la mort m\u00ealent leur contagion
\nDans les plis de la terre et du ciel confondus.<\/p>\n

Je n’ai rien s\u00e9par\u00e9 mais j’ai doubl\u00e9 mon coeur.
\nD’aimer, j’ai tout cr\u00e9\u00e9 : r\u00e9el, imaginaire.
\nJ’ai donn\u00e9 sa raison, sa forme, sa chaleur
\nEt son r\u00f4le immortel \u00e0 celle qui m’\u00e9claire.<\/p>\n

En vertu de l’amour<\/strong><\/em>
\nPaul Eluard (derniers po\u00e8mes d’amour)<\/strong><\/p>\n <\/div>\n <\/div>\n<\/div>\n

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La bonne chanson<\/div>\n
\n

 <\/p>\n

J’allais par des chemins perfides,
\nDouloureusement incertain.
\nVos ch\u00e8res mains furent mes guides.<\/p>\n

Si p\u00e2le \u00e0 l’horizon lointain ;
\nLuisait un faible espoir d’aurore
\nVotre regard fut le matin.<\/p>\n

Nul bruit, sinon son pas sonore,
\nN’encourageait le voyageur.
\nVotre voix me dit : \u00ab Marche encore ! \u00bb<\/p>\n

Mon c\u0153ur craintif, mon sombre c\u0153ur
\nPleurait, seul, sur la triste voie ;
\nL’amour, d\u00e9licieux vainqueur,<\/p>\n

Nous a r\u00e9unis dans la joie<\/p>\n

 <\/p>\n

“La bonne chanson, ext XX<\/strong><\/em>“<\/em>, <\/strong>
\nPaul Verlaine<\/strong>
\n<\/em><\/p>\n <\/div>\n <\/div>\n<\/div>\n

\n
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Le rendez-vous perp\u00e9tuel<\/div>\n
\n

J\u2019\u00e9cris contre le vent majeur et n\u2019en d\u00e9plaise
\n\u00c0 ceux-l\u00e0 qui ne sont que des voiles gonfl\u00e9es
\nPlus fort souffle ce vent et plus rouge est la braise
\nL\u2019histoire et mon amour ont la m\u00eame foul\u00e9e<\/p>\n

J\u2019\u00e9cris contre le vent majeur et que m\u2019importe
\nCeux qui ne lisent pas dans la blondeur des bl\u00e9s
\nLe pain futur et rient que pour moi toute porte
\nNe soit que ton passage et tout ciel que tes yeux<\/p>\n

Qu\u2019un tramway qui s\u2019en va toujours un peu t\u2019emporte
\nContre le vent majeur par un temps nuageux
\nJ\u2019\u00e9cris comme je veux et tant pis pour les sourds
\nSi chanter leur para\u00eet mentir \u00e0 mauvais jeu<\/p>\n

Il n\u2019y a pas d\u2019amour qui ne soit notre amour
\nLa trace de tes pas m\u2019explique le chemin
\nC\u2019est toi non le soleil qui fais pour moi le jour
\nJe comprends le soleil au h\u00e2le de tes mains<\/p>\n

Le soleil sans l\u2019amour c\u2019est la vie au hasard
\nLe soleil sans l\u2019amour c\u2019est hier sans demain<\/p>\n

“Le rendez-vous perp\u00e9tuel” (extraits)<\/strong><\/em>
\nLouis Aragon<\/strong><\/p>\n <\/div>\n <\/div>\n<\/div>\n

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\n
Ton po\u00e8me<\/div>\n
\n

Marche,
\nN\u2019arr\u00eate pas de marcher
\nD\u2019ouvrir des portes
\nDe soulever des pierres
\nDe chercher dans les tiroirs de l\u2019ombre
\nDe creuser des puits dans la lumi\u00e8re<\/p>\n

Cherche,
\nN\u2019arr\u00eate pas de chercher
\nLes traces de l\u2019oiseau dans l\u2019air
\nL\u2019\u00e9cho dans le ravin
\nL\u2019incendie dans les neiges de l\u2019amandier<\/p>\n

Tout l\u2019ignor\u00e9
\nLe cach\u00e9
\nL\u2019inconnu
\nLe perdu<\/p>\n

Cherche
\nTu trouveras
\nLe mot et la couleur de ton po\u00e8me<\/p>\n

“Ton po\u00e8me”<\/strong>
\n<\/em>Jean-Pierre Sim\u00e9on<\/strong>
\n<\/em><\/p>\n <\/div>\n <\/div>\n<\/div>\n

\n
\n
Le temps de vivre<\/div>\n
\n

D\u00e9j\u00e0 la vie ardente incline vers le soir,
\nRespire ta jeunesse,
\nLe temps est court qui va de la vigne au pressoir,
\nDe l’aube au jour qui baisse.<\/p>\n

Garde ton \u00e2me ouverte aux parfums d’alentour,
\nAux mouvements de l’onde,
\nAime l’effort, l’espoir, l’orgueil, aime l’amour,
\nC’est la chose profonde ;<\/p>\n

Combien s’en sont all\u00e9s de tous les coeurs vivants
\nAu s\u00e9jour solitaire,
\nSans avoir bu le miel ni respir\u00e9 le vent
\nDes matins de la terre,<\/p>\n

Combien s’en sont all\u00e9s qui ce soir sont pareils
\nAux racines des ronces,
\nEt qui n’ont pas go\u00fbt\u00e9 la vie o\u00f9 le soleil
\nSe d\u00e9ploie et s’enfonce !<\/p>\n

Ils n’ont pas r\u00e9pandu les essences et l’or
\nDont leurs mains \u00e9taient pleines,
\nLes voici maintenant dans cette ombre o\u00f9 l’on dort
\nSans r\u00eave et sans haleine.<\/p>\n

– Toi, vis, sois innombrable \u00e0 force de d\u00e9sirs,
\nDe frissons et d’extase,
\nPenche sur les chemins, o\u00f9 l’homme doit servir,
\nTon \u00e2me comme un vase ;<\/p>\n

M\u00eal\u00e9e aux jeux des jours, presse contre ton sein
\nLa vie \u00e2pre et farouche ;
\nQue la joie et l’amour chantent comme un essaim
\nD’abeilles sur ta bouche.<\/p>\n

Et puis regarde fuir, sans regret ni tourment,
\nLes rives infid\u00e8les,
\nAyant donn\u00e9 ton c\u0153ur et ton consentement
\nA la nuit \u00e9ternelle…<\/p>\n

 <\/p>\n

“Le temps de vivre”<\/strong><\/em><\/p>\n

Anna de Noailles<\/strong><\/p>\n

 <\/p>\n <\/div>\n <\/div>\n<\/div>\n

\n
\n
Elle \u00e9tait d\u00e9chauss\u00e9e, elle \u00e9tait d\u00e9coiff\u00e9e…<\/div>\n
\n

Elle \u00e9tait d\u00e9chauss\u00e9e, elle \u00e9tait d\u00e9coiff\u00e9e,
\nAssise, les pieds nus, parmi les joncs penchants ;
\nMoi qui passais par l\u00e0, je crus voir une f\u00e9e,
\nEt je lui dis : Veux-tu t’en venir dans les champs ?<\/p>\n

Elle me regarda de ce regard supr\u00eame
\nQui reste \u00e0 la beaut\u00e9 quand nous en triomphons,
\nEt je lui dis : Veux-tu, c’est le mois o\u00f9 l’on aime,
\nVeux-tu nous en aller sous les arbres profonds ?<\/p>\n

Elle essuya ses pieds \u00e0 l’herbe de la rive ;
\nElle me regarda pour la seconde fois,
\nEt la belle fol\u00e2tre alors devint pensive.
\nOh ! comme les oiseaux chantaient au fond des bois !<\/p>\n

Comme l’eau caressait doucement le rivage !
\nJe vis venir \u00e0 moi, dans les grands roseaux verts,
\nLa belle fille heureuse, effar\u00e9e et sauvage,
\nSes cheveux dans ses yeux, et riant au travers<\/p>\n

 <\/p>\n

“Elle \u00e9tait d\u00e9chauss\u00e9e, elle \u00e9tait d\u00e9coif\u00e9e…”
\n<\/strong><\/em>Victor Hugo – Les contemplations<\/strong><\/p>\n <\/div>\n <\/div>\n<\/div>\n

\n
\n
Femme Ph\u00e9nom\u00e9nale – Maya Ang\u00e9lou<\/div>\n
\n

Les jolies femmes se demandent o\u00f9 se cache mon secret.
\nJe ne suis pas mignonne, je n’ai pas la taille mannequin
\nMais quand je leur explique,
\nElles pensent que je mens,
\nJe dis,
\nC’est dans l’ampleur de mes bras,
\nLa taille de mes flancs,
\nL’allant de mes pas,
\nLa moue de mes l\u00e8vres.
\nJe suis une femme
\nPh\u00e9nom\u00e9nalement.
\nFemme ph\u00e9nom\u00e9nale,
\nC’est ce que je suis.<\/p>\n

J’entre dans une pi\u00e8ce
\nD\u00e9contract\u00e9e \u00e0 souhait,
\nEt pour un homme,
\nIls se l\u00e8vent tous ou
\nTombent \u00e0 genoux.
\nPuis ils pullulent autour de moi,
\nEssaim d’abeilles butineuses.
\nJe dis,
\nC’est le feu de mes yeux,
\nEt l’\u00e9clat de mes dents,
\nLe swing de mes hanches,
\nEt la joie dans mes pieds.
\nJe suis une femme
\nPh\u00e9nom\u00e9nalement.
\nFemme ph\u00e9nom\u00e9nale,
\nC’est ce que je suis.<\/p>\n

Les hommes eux-m\u00eames se sont demand\u00e9
\nCe qu’ils voient en moi.
\nMais ils ont beau essayer
\nIls ne peuvent pas toucher
\nMon myst\u00e8re int\u00e9rieur.<\/p>\n

Quand je tente de leur montrer,
\nIls ne voient toujours pas.
\nJe dis,
\nC’est dans l’arc de mes reins,
\nL’astre de mon sourire,
\nLa prestance de mes seins,
\nLa gr\u00e2ce de mon style.
\nJe suis une femme
\nPh\u00e9nom\u00e9nalement.
\nFemme ph\u00e9nom\u00e9nale,
\nC’est ce que je suis.<\/p>\n

Maintenant vous comprenez bien
\nPourquoi je ne courbe pas la t\u00eate.
\nJe ne crie pas, je ne saute pas partout
\nEt je n’ai pas besoin de parler vraiment fort.
\nQuand vous me voyez passer
\n\u00e7a devrait vous emplir de fiert\u00e9.
\nJe dis,
\nC’est dans le claquement de mes talons,
\nLa galbe de ma chevelure,
\nLa paume de mes mains,
\nLe besoin de mes bont\u00e9s.
\nCar je suis une femme
\nPh\u00e9nom\u00e9nalement.
\nFemme ph\u00e9nom\u00e9nale,
\nC’est ce que je suis.<\/p>\n

“Femme ph\u00e9nom\u00e9nale”<\/em><\/strong><\/p>\n

Maya Ang\u00e9lou<\/em> <\/strong><\/p>\n <\/div>\n <\/div>\n<\/div>\n

\n
\n
Amour secret<\/div>\n
\n

\u00d4 toi d’o\u00f9 me vient ma pens\u00e9e,
\nSois fi\u00e8re devant le Seigneur !
\nRel\u00e8ve ta t\u00eate abaiss\u00e9e,
\n\u00d4 toi d’o\u00f9 me vient mon bonheur !<\/p>\n

Quand je traverse cette lieue
\nQui nous s\u00e9pare, au sein des nuits,
\nTa patrie \u00e9toil\u00e9e et bleue
\nRayonne \u00e0 mes yeux \u00e9blouis.<\/p>\n

C’est l’heure o\u00f9 cent lampes en flammes
\nBrillent aux c\u00e9lestes plafonds ;
\nL’heure o\u00f9 les astres et les \u00e2mes
\n\u00c9changent des regards profonds.<\/p>\n

Je sonde alors ta destin\u00e9e,
\nJe songe \u00e0 toi, qui viens des cieux,
\nA toi, grande \u00e2me emprisonn\u00e9e,
\nA toi, grand coeur myst\u00e9rieux !<\/p>\n

Noble femme, reine asservie,
\nJe r\u00eave \u00e0 ce sort envieux
\nQui met tant d’ombre dans ta vie,
\nTant de lumi\u00e8re dans tes yeux<\/p>\n

Moi, je te connais tout enti\u00e8re
\nEt je te contemple \u00e0 genoux ;
\nMais autour de tant de lumi\u00e8re
\nPourquoi tant d’ombre, \u00f4 sort jaloux ?<\/p>\n

Dieu lui donna tout, hors l’aum\u00f4ne
\nQu’il fait \u00e0 tous dans sa bont\u00e9 ;
\nLe ciel qui lui devait un tr\u00f4ne
\nLui refusa la libert\u00e9.<\/p>\n

Oui, ton aile, que le bocage,
\nQue l’air joyeux r\u00e9clame en vain,
\nSe brise aux barreaux d’une cage,
\nPauvre grande \u00e2me, oiseau divin !<\/p>\n

Bel ange, un joug te tient captive,
\nCent pr\u00e9jug\u00e9s sont ta prison,
\nEt ton attitude pensive,
\nH\u00e9las, attriste ta maison.<\/p>\n

Tu te sens prise par le monde
\nQui t’\u00e9pie, injuste et mauvais.
\nDans ton amertume profonde
\nSouvent tu dis : si je pouvais !<\/p>\n

Mais l’amour en secret te donne
\nCe qu’il a de pur et de beau,
\nEt son invisible couronne,
\nEt son invisible flambeau !<\/p>\n

Flambeau qui se cache \u00e0 l’envie,
\nQui luit, splendide et clandestin,
\nEt qui n’\u00e9claire de la vie
\nQue l’int\u00e9rieur du destin.<\/p>\n

L’amour te donne, \u00f4 douce femme,
\nCes plaisirs o\u00f9 rien n’est amer,
\nEt ces regards o\u00f9 toute l’\u00e2me
\nAppara\u00eet dans un seul \u00e9clair,<\/p>\n

Et le sourire, et la caresse,
\nL’entretien furtif et charmant,
\nEt la m\u00e9lancolique ivresse
\nD’un ineffable \u00e9panchement,<\/p>\n

Et les traits ch\u00e9ris d’un visage,
\nOmbre qu’on aime et qui vous suit,
\nQu’on voit le jour dans le nuage,
\nQu’on voit dans le r\u00eave la nuit,<\/p>\n

Et les extases solitaires,
\nQuand tous deux nous nous asseyons
\nSous les rameaux pleins de myst\u00e8res
\nAu fond des bois pleins de rayons ;<\/p>\n

Purs transports que la foule ignore,
\nEt qui font qu’on a d’heureux jours
\nTant qu’on peut esp\u00e9rer encore
\nCe dont on se souvient toujours.<\/p>\n

Va, s\u00e8che ton bel oeil qui pleure,
\nTon sort n’est pas d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9.
\nTa part est encor la meilleure,
\nNe te plains pas, \u00f4 ma beaut\u00e9 !<\/p>\n

Ce qui manque est bien peu de chose
\nQuand on est au printemps vermeil,
\nEt quand on vit comme la rose
\nDe parfums, d’ombre et de soleil.<\/p>\n

Laisse donc, \u00f4 ma douce muse,
\nSans le regretter un seul jour,
\nCe que le destin te refuse
\nPour ce que te donne l’amour !<\/p>\n

“Amour secret”<\/em>
Victor Hugo<\/span><\/strong><\/p>\n <\/div>\n <\/div>\n<\/div>\n

\n
\n
Affinit\u00e9s secr\u00e8tes<\/div>\n
\n

Dans le fronton d\u2019un temple antique,
\nDeux blocs de marbre ont, trois mille ans,
\nSur le fond bleu du ciel attique
\nJuxtapos\u00e9 leurs r\u00eaves blancs\u00a0;<\/p>\n

Dans la m\u00eame nacre fig\u00e9es,
\nLarmes des flots pleurant V\u00e9nus,
\nDeux perles au gouffre plong\u00e9es
\nSe sont dit des mots inconnus\u00a0;<\/p>\n

Au frais G\u00e9n\u00e9ralife \u00e9closes,
\nSous le jet d\u2019eau toujours en pleurs,
\nDu temps de Boabdil, deux roses
\nEnsemble ont fait jaser leurs fleurs\u00a0;<\/p>\n

Sur les coupoles de Venise
\nDeux ramiers blancs aux pieds ros\u00e9s,
\nAu nid o\u00f9 l\u2019amour s\u2019\u00e9ternise
\nUn soir de mai se sont pos\u00e9s.<\/p>\n

Marbre, perle, rose, colombe,
\nTout se dissout, tout se d\u00e9truit\u00a0;
\nLa perle fond, le marbre tombe,
\nLa fleur se fane et l\u2019oiseau fuit.<\/p>\n

En se quittant, chaque parcelle
\nS\u2019en va dans le creuset profond
\nGrossir la p\u00e2te universelle
\nFaite des formes que Dieu fond.<\/p>\n

Par de lentes m\u00e9tamorphoses,
\nLes marbres blancs en blanches chairs,
\nLes fleurs roses en l\u00e8vres roses
\nSe refont dans des corps divers.<\/p>\n

Les ramiers de nouveau roucoulent
\nAu c\u0153ur de deux jeunes amants,
\nEt les perles en dents se moulent
\nPour l\u2019\u00e9crin des rires charmants.<\/p>\n

De l\u00e0 naissent ces sympathies
\nAux imp\u00e9rieuses douceurs,
\nPar qui les \u00e2mes averties
\nPartout se reconnaissent s\u0153urs.<\/p>\n

Docile \u00e0 l\u2019appel d\u2019un ar\u00f4me,
\nD\u2019un rayon ou d\u2019une couleur,
\nL\u2019atome vole vers l\u2019atome
\nComme l\u2019abeille vers la fleur.<\/p>\n

L\u2019on se souvient des r\u00eaveries
\nSur le fronton ou dans la mer,
\nDes conversations fleuries
\nPr\u00e9s de la fontaine au flot clair,<\/p>\n

Des baisers et des frissons d\u2019ailes
\nSur les d\u00f4mes aux boules d\u2019or,
\nEt les mol\u00e9cules fid\u00e8les
\nSe cherchent et s\u2019aiment encor.<\/p>\n

L\u2019amour oubli\u00e9 se r\u00e9veille,
\nLe pass\u00e9 vaguement rena\u00eet,
\nLa fleur sur la bouche vermeille
\nSe respire et se reconna\u00eet.<\/p>\n

Dans la nacre o\u00f9 le rire brille,
\nLa perle revoit sa blancheur\u00a0;
\nSur une peau de jeune fille,
\nLe marbre \u00e9mu sent sa fra\u00eecheur.<\/p>\n

Le ramier trouve une voix douce,
\nEcho de son g\u00e9missement,
\nToute r\u00e9sistance s\u2019\u00e9mousse,
\nEt l\u2019inconnu devient l\u2019amant.<\/p>\n

Vous devant qui je br\u00fble et tremble,
\nQuel flot, quel fronton, quel rosier,
\nQuel d\u00f4me nous connut ensemble,
\nPerle ou marbre, fleur ou ramier\u00a0?<\/p>\n

“Affinit\u00e9s secr\u00e8tes”,<\/strong><\/em>
\nTh\u00e9ophile Gautier<\/strong><\/p>\n <\/div>\n <\/div>\n<\/div>\n

\n
\n
Des frelons dans le coeur<\/div>\n
\n

Toi l\u00e0
\nRegarde-moi bien
\nmes yeux te crient
\nde t’y plonger<\/p>\n

regarde-moi bien l\u00e0
\nma bouche te voit
\nravaler ta salive
\ntu n’oses pas m’enlacer<\/p>\n

avale-moi
\nl\u00e0<\/p>\n

englobe mes histoires
\nsuce bien mes grimoires
\nj’ai besoin qu’on me vide
\nde mon essence am\u00e8re<\/p>\n

c’est beau
\nles corps qui se reconnaissent<\/p>\n

des mois
\ndes ann\u00e9es
\nrien<\/p>\n

et soudain<\/p>\n

la rafale<\/p>\n

“Des frelons dans le coeur”,<\/strong><\/em>
\nSuzanne Rault-Balet<\/strong><\/p>\n <\/div>\n <\/div>\n<\/div>\n

\n
\n
Pour plus de lumi\u00e8re<\/div>\n
\n

Vaste comme le temps<\/p>\n

Tu es \u00e9tendue
\nDans la nuit
\nSous un ciel
\nTous fr\u00e9missant
\nd’\u00e9toiles<\/p>\n

Vaste comme le temps<\/p>\n

Aussi fatale
\nN’ayant
\nComme lui
\nNulle fronti\u00e8re<\/p>\n

Et moi vrill\u00e9
\nPar l’incessant
\nRetour de la faim<\/p>\n

Sous ce ciel
\nCribl\u00e9 d’\u00e9toiles<\/p>\n

Je te noue \u00e0 ma faim
\nJ’\u00e9tends tes cercles<\/p>\n

J’arr\u00eate le temps<\/p>\n

“Pour plus de lumi\u00e8re, recueil”,<\/strong><\/em>
\nCharles Juliet<\/strong><\/p>\n <\/div>\n <\/div>\n<\/div>\n

\n
\n
La rose du premier de l’an<\/div>\n
\n

Connaissez-vous la rose-lune
\nConnaissez-vous la rose-temps
\nL’autre ressemble autant \u00e0 l’une
\nQue dans le miroir de l’\u00e9tang
\nL’une \u00e0 l’autre se refl\u00e9tant<\/p>\n

Connaissez-vous la rose-am\u00e8re
\nFaite de sel et de refus
\nCelle qui fleurit sur la mer
\nEntre le flux et le reflux
\nComme l’arc apr\u00e8s qu’il a plu
\nLa rose-songe et la rose-\u00e2me
\nPar bottes au march\u00e9 vendues
\nLa rose-jeu la rose-gamme
\nCelle des amours d\u00e9fendues
\nEt la rose des pas perdus<\/p>\n

Connaissez-vous la rose-crainte
\nConnaissez-vous la rose-nuit
\nToutes les deux qui semblent peintes
\nComme \u00e0 la l\u00e8vre est peint le bruit
\nComme \u00e0 l’arbre est pendu le fruit<\/p>\n

Toutes les roses que je chante
\nToutes les roses de mon choix
\nToutes les roses que j’invente
\nJe les vante en vain de ma voix
\nDevant la Rose que je vois.<\/p>\n

“La rose du premier de l’an”,<\/em>
\nLouis Aragon, Elsa<\/strong><\/p>\n <\/div>\n <\/div>\n<\/div>","max_pages":4}